el año del desierto - francia

Edición francesa de “El año del desierto”

Pedro Mairal
Traduit de l’espagnol (Argentine)
Par Denis Laroutis
Éd. Rivages

 

Presse:

Le Magazine Littéraire , Septembre 2007, N°467.

Á Buenos Aires, l’histoire s’est arrêtée, le temps fait machine arrière. Le désert avance, les gratte-ciel s’effondrent, les sauterelles sont déchaînées. Différents mouvements révolutionnaires ont repris les armes. L’Intempérie de Pedro Mairal est le récit d’une mystérieuse apocalypse argentine qui pourrait bien servir d’advertissement à l’humanité tout entière. Du désastre, une voix cependant s’élève et s’obstine à remetre les bâtiments à leur place en les pointant sur une carte, à nommer les défunts un à un. María Valdes Neylan a survécu et raconte. Son témoignage n’est pas une plainte mais le lent réapprentissage d’une langue emportée par la tourmente, une victoire sur le silence qui suit toute catastrophe. Ni états d’âme, ni variations psychologiques : la puissance de son discours réside dans la vision de près d’une ville transformée en vaste labyrinthe. De cette distance étonnamment réduite entre l’oeil et son objet surguit une réalité sombre, quasi fantastique : la terre laisse apparaître des visages noires, le fleuve est hanté par un monstre étrange, “le Cruque”…

Une écriture en trompe l’oeil? La béance du point de vue confère au contraire une justesse surprenante aux tableaux d’un peulple brisé par cette intempérie, symbole d’une des nombreuses crises politico-économiques qui ont secoué l’Argentine. Tout se passe comme si ce monde venait à nous sans passer par le filtre d’une vie. Cést parce que María Valdes n’est plus rien qu’elle peut dire quelque chose. Mendicité, prostitution, travaux harassants : la lutte pour la survie installe les personnages dans un état intenable entre étre et n’être plus, les fait “sonner creux”. María renaît grâce à ce récit a posteriori qui lui permet de gagner une nouvelle identité en tant qu’être de mémoire, une nouvelle vie au service des morts. Dans un pays en guerre, les soldats argentins punissent les rebelles en leur brûlant les yeux au fer rouge. De temps en temps, ils en épargnent un : ils lui laissent un oeil pur guider les autres. Les survivants sont ainsi condammnés à être des héros. Pedro Mairal met au jour dans le récit d’un martyre le martyre même de l’ecrivain, porte-parole de l’invisible et de l’innommable. Le livre devient “l’oeil désespéré de l’homme qui devait voir pour tous les autres”.

Émilie Sapielak

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Télérama:

Pedro Mairal est un écrivain diabolique, dans la lignée des grands, les Julio Cortázar, ­Jorge Luis Borges, Ernesto Sabato… Son Intempérie, troi­sième livre traduit en France, est un cataclysme littéraire, une métaphore foldingue de l’histoire de son pays, l’Argentine, servie par une narration époustouflante. Dans un Buenos Aires de fiction, où tout se déglingue, une jeune fille, María, tient tête à la folie. Une intempérie – typhon ou marasme politique ? – met à néant la ville. Des groupes révolutionnaires tentent d’imposer leurs lois. Des hommes croient résister et tombent dans la violence la plus crasse. María fuit, fuit, semble sans cesse courir vers un ailleurs des plus incertains. Sa destinée vole hors du temps, hors du monde réel. Mais quel est le monde réel ? Pedro Mairal, maître fossoyeur d’une littérature insipide, traque les bassesses humaines à coups d’images impitoyables. L’intempérie malmène, obsède le lecteur. Qui s’ima­gine à bout de souffle, et ne lâche pas les basques de la belle María.

Martine Laval

 

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Revista Les Inrockuptibles, Francia, octubre 2007:

VENT MAUVAIS

Un subtil roman métaphorique dans lequel Pedro Mairal scanne les bouleversements d’une jeune femme engendrés par une Argentine en crise.

La métaphore est transparente. Tellement, d’ailleurs, qu’un livre s’appuyant sur elle aurait dû, en toute logique, insupporter par sa balourdise. Donc, oui, L’Intempérie du titre, ce dérèglement climatique qui frappe l’Argentine et la plonge dans une profonde régression, rappelle évidement la crise économique qu’a traversée le pays. C’est, de fait, assez littéral.

La preuve ultime de la force de Pedro Mairal est d’avoir tiré un vrai bon roman, un roman subtil, même, de ce parallèle a priori trop évident. On a découvert cet écrivain, né à Buenos Aires en 1970, avec la parution il y a trois ans de son premier roman (réussi), Une nuit avec Sabrina Love, ainsi que de Tôt ce matin, excellent recueil de nouvelles : deux livres qui le montraient en auter drôle et désenchanté. Dans L’Intempérie, il dévoile, en plus, une profondeur et une gravité qu’on ne lui soupçconnait pas forcément.

Maria, sa narratrice, jeune femme qui a un boulot de secrétaire et un amoureux, ne subira jamais directement cette “intempérie” qui est censée ravager le pays. Elle ne la verra pas. Elle vit de plein fouet, en revanche, ses conséquences. Elle perd son boulot ; alors que, dit-on à la radio, des hordes de rebelles menacent la capitale, les habitants de Buenos Aires transforment leurs immeubles en autant de forteresses, son mec disparaît, incorporé de force dans l’armée avant de prendre le maquis… El puis le pays fait un bond en arrière dans le temps, les femmes perdent leurs droits sans que personne n’en soit choqué et le monde primitif reprend le dessus, à une vitesse effarante.

Pedro Mairal a su s’arretêr à temps de parler de l’intempérie, pur se consacrer au coeur du roman, ses contrecoups. Il a offert à sa narratrice une voix qui évolue au fil des changements, comme elle-même s’adapte aux circonstances sans plus s’etonner de rien, passant en moins d’un an du statut de petite bourgeoise à celui d’esclave dans une tribu. A travers son récit, el fait le portrait d’un pays guetté par ses démons (division, machisme, tentation de l’ordre au détriment de la liberté…) dès que l’orage guette, et dont le vernis, encore tout frais, menace de se craqueler à la première difficulté.

Raphaëlle Leyris

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“Entre Buñuel et Spielberg, le nouveau roman de l’Argentin Pedro Mairal évoque un typhon dévastateur qui frappe Buenos Aires…” (leer en LE FIGARO)